Réflexions

Ce que j’ai vécu, entre dans la catégorie psychopathologique de la schizophrénie ; cette manière de définir mon expérience me semble être incontestable ; mais en même temps trop limitée. Sur le plan scientifique aucun modèle explicatif ne peu prétendre rendre compte de l’ensemble d’un phénomène. La médecine psychiatrique a développé beaucoup d’outils concernant la pose de diagnostiques (DSM-5) et la mise en place de traitements médicamenteux (neuroleptiques) ; par contre il lui est  encore difficile, d’identifier les causes et les mécanismes des troubles psychiques et en particulier de la schizophrénie.

Campagne de la poste Brésilienne en 1993. Le but était de sensibiliser la population à différentes facettes de la médecine; ici la santé mentale

Sur le plan des expériences vécues au cours de ma décompensation, j’ai tendance à me retrouver dans des modèles explicatifs comme le chamanisme ou l’animisme. J’avais vraiment la conviction d’être entouré par des esprits avec lesquels je pouvais communiquer ; au même titre que l’on peut parler avec d’autres personnes sur le plan incarné. Cette possibilité est reconnue dans passablement de cultures traditionnelles, pour qui un monde invisible semble accessible. Le regard porté à partir de ces pratiques empiriques amène à donner des significations très différentes au type d’expérience que j’ai pu vivre au cours de ces quatre années. Cela dit, il est clair que sur le plan scientifique, l’on se situe dans le cadre de croyances et que celles-ci demanderaient à être explorées de manière plus systématique.

 

Campagne de la poste du Canada en 1980. Le but était de sensibiliser la population à la Culture Inuit et à sa dimension surnaturelle

Pendant environ deux ans, j’ai éprouvé d’intenses souffrances ; j’étais harcelé par des émotions négatives que j’avais énormément de difficultés à gérer. Je n’étais pas en mesure de faire quoi que ce soit d’autre, que de lutter pour tenter de maintenir un équilibre interne encore compatible avec la vie. J’attribuais ce que j’endurais au fait d’avoir été victime d’un sort particulièrement maléfique. C’est dans ces conditions que je me suis rendu chez une praticienne de Reiki ; je ne connaissais pas l’approche, mais j’avais confiance en cette thérapeute. Après deux séances, mes souffrances avaient diminué de moitié. J’ai vécu cette amélioration comme une libération; ce changement m’a redonné de l’espoir. Avec le recul, je ne sais pas ce qui a été efficace dans cette situation; il y a certainement une part d’effet placebo et une réelle action énergétique ? Le fait est qu’une page s’est tournée à ce moment-là. La chose principale que je retiens de cet épisode se retrouve dans cet énoncé de l’école de Palo Alto:

« Faire toujours plus de la même chose conduira invariablement au même résultat »

Si quelque chose ne semble pas être efficace, il peut être vraiment utile d’essayer autre chose. De ce point de vue, je pense que la science est essentielle ; qu’elle balise le chemin ; mais qu’il serait très dommageable, de penser que les seules réponses données à la schizophrénie devraient être de nature scientifique. Si la science, comme dans le rêve positiviste pouvait prétendre expliquer l’ensemble du réel, il serait déraisonnable de faire appel à d’autres modèles explicatifs. Il se trouve que plus nous avons de connaissances dans un domaine et plus la zone d’inconnu grandit; le monde nous réserve probablement encore passablement de surprises. Cela dit, il y a aussi des charlatans qui vivent de l’espoir qu’ils suscitent chez les gens; et cela à partir de pratiques totalement farfelues. A chacun donc d’évaluer ce qui semble susceptible de lui apporter de l’aide.

 

Sur le plan anthropologique, il apparaît qu’une thérapies, pour être vraiment efficaces, devrait prendre en compte les représentations des personnes qui sont traitées. Cela est probablement encore plus vrai pour ce qui concerne les maladies psychiques. La situation devient problématique quand ce que le patient pense être utile pour le soigner, ne correspond pas à ce que la science propose. Les médecins ne sont pas des exorcistes et n’ont pas à le devenir, mais j’ai vraiment été aidé, quand je me suis retrouvé face à des professionnels qui ont respecté ce en quoi je croyais.